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Ce que les IA disent des dirigeants, et comment reprendre la main.

E-réputation & LLM · 28 juillet 2026

Quand l'IA se trompe sur une personne : le recensement mondial des cas, et ce que la justice commence à dire

Arve Hjalmar Holmen, un Norvégien sans histoire, a demandé à ChatGPT qui il était. La machine a répondu qu'il avait tué ses deux fils et purgé vingt et un ans de prison. Le nombre d'enfants, leur genre et sa ville d'origine étaient exacts, seul le meurtre était inventé. C'est ce mélange de vrai et de faux qui rend ces erreurs redoutables, et c'est pour cela qu'il faut les compter.

Lydia Arzour · 6 min de lecture
Recensement des erreurs d'IA visant des personnes nommées, quinze cas de 2023 à 2026, chronique de Lydia Arzour, ELTHIKA.

État au 28 juillet 2026.

Existe-t-il un recensement des erreurs de l'intelligence artificielle ?

Oui, quatre bases recensent les erreurs de l'IA, mais aucune ne compte celles qui visent une personne nommée. La plus rigoureuse, AI Hallucination Cases, dénombre 1 809 cas au 25 juillet 2026, tous constatés par des tribunaux. Elle est tenue par Damien Charlotin, chercheur à HEC Paris. La référence mondiale sur les hallucinations judiciaires est donc maintenue depuis la France. Elle couvre plus de trente pays, les États-Unis en tête, et elle est ouverte depuis avril 2023 (La Tribune).

La baseQui la tientCe qu'elle compteLe chiffre à ce jourCe qu'elle ne compte pas
AI Hallucination CasesDamien Charlotin, chercheur à HEC ParisLes décisions de justice où un tribunal a constaté du contenu inventé par une IA1 809 cas au 25 juillet 2026Les erreurs hors prétoire, et celles que le tribunal n'a pas relevées
AI Incident Database (AIID)Responsible AI CollaborativeLes préjudices causés par des systèmes d'IA, sur le modèle des bases de l'aviationEnviron 900 incidents uniques début 2026Le suivi individuel des personnes visées
OECD AI Incidents Monitor (AIM)OCDELes incidents relevés dans la presse, par veille automatisée sur 150 000 sourcesEntre 5 000 et 7 000 signalementsLe cas individuel : elle capte la couverture médiatique, pas la personne
AI Incident TrackerMIT FutureTechLes défaillances techniques des systèmes, suivi académiqueMise à jour de juin 2026La dimension réputationnelle des erreurs
Les quatre bases mondiales qui recensent les erreurs de l'IA, état au 28 juillet 2026.

Le trou est là, et il se vérifie en trois clics.

  • AI Hallucination Cases compte des citations juridiques inventées.
  • AI Incident Database compte des préjudices systémiques.
  • OECD AI Incidents Monitor compte des articles de presse.
  • AI Incident Tracker compte des défaillances techniques.

Aucune ne répond à la question qui importe à un dirigeant : combien de fois une IA a-t-elle affirmé quelque chose de faux sur un individu identifiable, et avec quelles conséquences. Aucune n'existe en français. Cette chronique rassemble ce qui est aujourd'hui éparpillé dans quatre bases qui ne se parlent pas. Quinze cas sont recensés plus bas, de Brian Hood en mars 2023, premier homme au monde à mettre OpenAI en demeure, jusqu'à la condamnation de Google par le Landgericht München I le 28 mai 2026.

Combien de fois l'IA s'est-elle trompée sur une personne ?

Personne ne connaît le chiffre global, et c'est le problème. La seule mesure fiable est judiciaire : 1 809 cas d'hallucinations constatées par des tribunaux au 25 juillet 2026. La progression de ce compteur est une histoire en soi.

  1. Mi-2025 : environ 200 cas recensés dans la base de Damien Charlotin.
  2. Janvier 2026 : 719 cas.
  3. Début avril 2026 : 1 227 cas.
  4. 2 juin 2026 : 1 524 cas, chiffre relevé par La Tribune.
  5. 9 juin 2026 : 1 598 cas.
  6. 25 juillet 2026 : 1 809 cas, et Damien Charlotin déclare recevoir trois à quatre cas par jour.

Ce chiffre est un plancher, pas un plafond. La base ne retient que les décisions où le tribunal a constaté ou clairement laissé entendre l'invention. Les accusations simples n'y entrent pas, les erreurs hors prétoire non plus. Côté systèmes, l'AI Incident Database indique que l'IA générative représente 58 % des entrées de 2025, et que la première catégorie d'incidents, environ 28 % des entrées récentes, regroupe désinformation, deepfakes et contenus préjudiciables. L'ampleur du phénomène dans l'édition scientifique donne la mesure : un audit publié par The Lancet le 7 mai 2026 a relevé plus de 4 000 références fabriquées dans 2,5 millions d'articles biomédicaux, mécanisme que j'ai détaillé dans ma chronique sur la crédibilité du faux.

Un tribunal peut-il condamner une IA pour ce qu'elle affirme ?

Oui. Le 28 mai 2026, le Landgericht München I a jugé Google directement responsable des affirmations fausses de ses Aperçus IA, dans l'affaire 26 O 869/26. Deux maisons d'édition allemandes étaient présentées comme coutumières de pratiques commerciales trompeuses, abonnements piégés et recouvrements abusifs, affirmations que les sources citées par l'IA ne soutenaient pas. Le tribunal a retenu que les Aperçus IA constituent une parole propre de Google, qui synthétise et structure l'information de manière autonome, et non un simple affichage passif de contenus tiers.

Ce que Google encaisse n'est pas symbolique. Interdiction de répéter ces affirmations, et jusqu’à 250 000 euros à chaque fois qu’elles réapparaissent. Le tribunal a même prévu la détention pour les dirigeants si l'injonction n'était pas tenue. Quatre-vingts pour cent des frais sont pour Google. La décision, rendue en référé, est susceptible d'appel, et elle est à ce jour la première au monde à tenir l'éditeur d'une IA pour responsable de ce que son modèle affirme. Elle a été rendue à deux heures de train de Paris.

  1. 20 janvier 2026 : première réponse fautive des Aperçus IA constatée par les éditeurs.
  2. 2 février 2026 : mise en demeure adressée à Google.
  3. 10 février 2026 : le contenu fautif est toujours en ligne.
  4. 23 avril 2026 : audience devant le Landgericht München I.
  5. 28 mai 2026 : jugement, Google responsable de la parole de son IA.

Pourquoi la justice américaine et la justice européenne ne répondent-elles pas pareil ?

Parce qu'aux États-Unis l'avertissement protège l'éditeur, et qu'en Europe il ne suffit plus. Le 19 mai 2025, la Superior Court du comté de Gwinnett, en Géorgie, a débouté l'animateur radio Mark Walters, que ChatGPT accusait à tort de détournement de fonds : les avertissements d'OpenAI sur les inexactitudes possibles, et l'absence de faute caractérisée, ont écarté la responsabilité. Un an plus tard, à Munich, le même type d'avertissement n'a pas pesé. Même technologie, même type de faute, deux mondes.

CritèreWalters c. OpenAI, GéorgieÉditeurs c. Google, Munich
Date de la décision19 mai 202528 mai 2026
Le faux affirméDétournement de fonds imputé à un animateur radioPratiques commerciales trompeuses imputées à deux éditeurs
Rôle de l'avertissementDécisif : il écarte la faute de l'éditeurInopérant : l'IA porte une parole propre
IssuePlaignant déboutéGoogle responsable, astreinte jusqu'à 250 000 euros par violation
PortéeLigne de défense confirmée aux États-UnisPrécédent européen, décision de référé susceptible d'appel
Deux décisions, deux continents, deux réponses.

Pour un dirigeant français, cette géographie judiciaire n’a rien de théorique. Les Aperçus IA, ces résumés générés qui s'affichent au-dessus des résultats habituels, et le Mode IA, son onglet conversationnel distinct, sont déployés en France depuis le 22 juillet 2026. Ce qui a été jugé à Munich concerne désormais chaque nom propre affiché dans une réponse générée en français.

Quels sont les cas où l'IA s'est trompée sur quelqu'un ?

Quinze cas documentés entre mars 2023 et mai 2026, sur trois continents, impliquant ChatGPT, Bing Chat, Copilot, Grok, Meta AI, Character.AI et les Aperçus IA de Google. Chacun est daté et sourcé. Le premier de la liste, Brian Hood, fixe le point zéro : la machine a pris le lanceur d'alerte pour le coupable qu'il avait dénoncé.

Personne ou entitéIA en causeCe qui a été affirméDateConséquenceIssue juridique
1Brian Hood, maire de Hepburn Shire, AustralieChatGPTCondamné pour corruption et emprisonné trente mois, alors qu'il était le lanceur d'alerte de l'affaire des billets de la Reserve Bank of AustraliaMars 2023Première mise en demeure au monde contre OpenAI pour diffamation, le 21 mars 2023Aucune assignation documentée, réponses corrigées, aucune issue publique connue
2Jonathan Turley, professeur de droit, États-UnisChatGPTAccusé de harcèlement sexuel lors d'un voyage d'études inventé, avec un faux article du Washington Post à l'appuiAvril 2023Atteinte réputationnelle publique, large couverture médiatiqueAucune action en justice
3Éric Bothorel, député des Côtes-d'Armor, FranceChatGPTBiographie fausse : dates de naissance erronées, mandats de maire fictifs à Lannion et Saint-Brieuc, carrières inventéesAvril 2023Première plainte d'un élu français contre ChatGPT, CNIL saisie le 12 avril 2023Enquête de la CNIL, instruction européenne coordonnée, pas de décision publique
4Mark Walters, animateur radio, Géorgie, États-UnisChatGPTAccusé de détournement de fonds de la Second Amendment FoundationMai 2023Action en diffamation contre OpenAIDébouté le 19 mai 2025, les avertissements d'OpenAI écartent la faute
5Jeffery Battle, consultant aérospatial, États-UnisBing Chat, MicrosoftBiographie fusionnée avec celle d'un homonyme condamné pour terrorismeJuillet 2023Atteinte à son activité, plainte fédérale dans le MarylandRenvoyé en arbitrage privé le 23 octobre 2024, pas de décision publique au fond
6Dave Fanning, animateur, IrlandeArticle généré par IA repris par MSN, MicrosoftPhoto associée à un procès pour inconduite sexuelle visant un autre animateurDécembre 2023Réputation gravement atteinte selon ses avocatsAction en diffamation devant la High Court irlandaise, pendante, l'éditeur BNN Breaking a fermé
7Klay Thompson, basketteur NBA, États-UnisGrok, xAIAccusé d'avoir vandalisé des maisons à Sacramento, contresens sur l'argot du basketAvril 2024Fausse accusation criminelle affichée plusieurs jours dans les tendances de XAucune poursuite connue
8Martin Bernklau, chroniqueur judiciaire, AllemagneCopilot, MicrosoftPrésenté comme l'auteur des crimes dont il avait couvert les procès, avec son adresse réelleAoût 2024Plainte pénale classée, aucun auteur humain identifiableSaisine du régulateur bavarois, filtrages temporaires, les affirmations réapparaissent
9Arve Hjalmar Holmen, NorvègeChatGPTCondamné pour le meurtre de ses deux fils, vingt et un ans de prisonMars 2025Plainte RGPD déposée par noyb le 20 mars 2025Dossier transféré à la Data Protection Commission irlandaise, pendant
10Wolf River Electric, entreprise solaire, Minnesota, États-UnisAperçus IA, GooglePoursuivie par le procureur général de l'État pour pratiques trompeuses, affirmation non soutenue par les sources citéesMars 2025Contrats annulés, préjudice évalué entre 110 et 210 millions de dollarsRenvoyée devant la justice d'État du Minnesota en janvier 2026, pendante
11Robby Starbuck, activiste, États-UnisMeta AIRelié à l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021Avril 2025Plainte en diffamation au DelawareRéglé à l'amiable en août 2025
12Robby Starbuck, activiste, États-UnisIA de GoogleAccusations inventées, dont des agressions sexuellesOctobre 202515 millions de dollars réclamésDemande de rejet de Google écartée, procédure en cours
13Guillaume Cabanac, professeur, université de Toulouse, FranceIA générativeFausse référence scientifique accrochée à son nom dans l'International Dental JournalDébut 2026Intégrité scientifique mise en cause, alerte via Google ScholarSignalement, pas de contentieux
14Utilisateurs de Character.AI, Pennsylvanie, États-UnisAgent de Character.AIUn agent se présente comme psychiatre, avec un faux numéro de licence médicale et un faux diplôme de l'Imperial College de LondresMai 2026Plainte de l'État de PennsylvaniePendante
15Deux maisons d'édition, Munich, AllemagneAperçus IA, GoogleAccusées de pratiques commerciales trompeuses, abonnements piégés, affirmations absentes des sources citéesJanvier à mai 2026Google jugé directement responsable le 28 mai 2026Injonction sous astreinte jusqu'à 250 000 euros par violation, référé susceptible d'appel
Le seul recensement en français des erreurs d’IA visant des personnes nommées. Quinze cas, état au 28 juillet 2026. Lydia Arzour, ELTHIKA.

Trois cas français figurent dans ce paysage, deux dans le tableau et un en creux. Éric Bothorel a ouvert la voie du recours RGPD dès avril 2023. Guillaume Cabanac a subi la variante scientifique du phénomène. Et le mécanisme de fond, l'accusation qui survit à l'innocence, la France le connaît depuis longtemps : les affaires Dominique Baudis et Kerviel, où l'accusation remonte toujours mieux que le dénouement, relèvent du même déséquilibre, que j'ai documenté dans Ce que ChatGPT dit de vous ce soir.

Que faire quand une IA affirme quelque chose de faux sur vous ?

Trois leviers existent : la demande de correction directe, la plainte auprès de la CNIL, l'action en justice. Pour ChatGPT, la demande passe par le portail de confidentialité privacy.openai.com ou par écrit à dsar@openai.com, et sans réponse sous un mois la CNIL peut être saisie, comme l'a fait Éric Bothorel dès 2023. Une réserve, et elle est de taille : OpenAI filtre la sortie du modèle plus qu'il n'efface la donnée d'entraînement, on obtient le silence, pas l'oubli. La marche à suivre complète, pièces et délais, est détaillée dans ma chronique sur le droit à l'oubli et l'IA.

Ce qu'il faut retenir

  • 1 809 hallucinations constatées par des tribunaux au 25 juillet 2026, contre environ 200 mi-2025 : le compteur de la base AI Hallucination Cases, tenue depuis HEC Paris, s'affole.
  • Quatre bases mondiales recensent les erreurs de l'IA, aucune ne compte celles qui visent une personne nommée, aucune n'existe en français.
  • Le Landgericht München I a jugé le 28 mai 2026 que les Aperçus IA sont une parole propre de Google, qui en répond directement.
  • La même faute protège l'éditeur aux États-Unis et l'expose en Europe : Mark Walters débouté en Géorgie en mai 2025, Google jugé responsable à Munich en mai 2026.
  • La voie de correction existe, portail d'OpenAI puis CNIL, mais elle obtient le silence du modèle, pas l'effacement de la donnée.

Si ce que vous venez de lire vous parle, la prochaine étape a un nom.

Le Mandat Confidentiel →

Questions fréquentes

Existe-t-il un recensement des erreurs de l'intelligence artificielle ?

Oui, partiellement. Quatre bases existent : AI Hallucination Cases, 1 809 cas judiciaires au 25 juillet 2026, AI Incident Database, environ 900 incidents, OECD AI Incidents Monitor et AI Incident Tracker du MIT FutureTech. Aucune ne compte les erreurs visant une personne nommée.

Combien de fois l'IA s'est-elle trompée sur une personne ?

Aucun chiffre global n'existe. La seule mesure fiable est judiciaire : 1 809 cas constatés par des tribunaux au 25 juillet 2026. Les quinze cas documentés de cette chronique en sont la partie visible.

Peut-on porter plainte contre une IA qui dit du faux sur vous ?

Oui, par trois voies. La demande de correction auprès de l'éditeur. La plainte RGPD auprès de la CNIL, ouverte par Éric Bothorel dès le 12 avril 2023. L'action en diffamation devant un tribunal.

Un tribunal a-t-il déjà condamné Google pour ses Aperçus IA ?

Oui. Le Landgericht München I, le 28 mai 2026, affaire 26 O 869/26. Astreinte jusqu'à 250 000 euros par violation. Décision de référé, susceptible d'appel.

Pourquoi ChatGPT invente-t-il des informations sur des gens ?

Un modèle de langage prédit des mots probables. Il ne vérifie pas des faits. Quand l'information manque, il complète avec du plausible. Le plausible mêlé à des détails vrais devient crédible.

Que faire si ChatGPT raconte quelque chose de faux sur moi ?

Capture d'écran datée. Demande de correction sur privacy.openai.com ou à dsar@openai.com. Plainte CNIL sans réponse sous un mois. L'éditeur filtre la sortie plus qu'il n'efface la donnée.

Les IA américaines et européennes sont-elles jugées de la même manière ?

Non. En Géorgie, les avertissements d'OpenAI ont écarté la faute, Mark Walters débouté le 19 mai 2025. À Munich, l'avertissement n'a pas protégé Google, jugé responsable le 28 mai 2026.

Comment savoir ce que les IA disent de moi aujourd'hui ?

Interrogez ChatGPT, Gemini et Perplexity sur votre nom, avec plusieurs formulations. Datez et archivez les réponses. Répétez chaque mois, les réponses changent avec les modèles. C'est le premier geste d'un audit de réputation dans les IA.

Sources