État au 28 juillet 2026.
Existe-t-il un recensement des erreurs de l'intelligence artificielle ?
Oui, quatre bases recensent les erreurs de l'IA, mais aucune ne compte celles qui visent une personne nommée. La plus rigoureuse, AI Hallucination Cases, dénombre 1 809 cas au 25 juillet 2026, tous constatés par des tribunaux. Elle est tenue par Damien Charlotin, chercheur à HEC Paris. La référence mondiale sur les hallucinations judiciaires est donc maintenue depuis la France. Elle couvre plus de trente pays, les États-Unis en tête, et elle est ouverte depuis avril 2023 (La Tribune).
Le trou est là, et il se vérifie en trois clics.
- AI Hallucination Cases compte des citations juridiques inventées.
- AI Incident Database compte des préjudices systémiques.
- OECD AI Incidents Monitor compte des articles de presse.
- AI Incident Tracker compte des défaillances techniques.
Aucune ne répond à la question qui importe à un dirigeant : combien de fois une IA a-t-elle affirmé quelque chose de faux sur un individu identifiable, et avec quelles conséquences. Aucune n'existe en français. Cette chronique rassemble ce qui est aujourd'hui éparpillé dans quatre bases qui ne se parlent pas. Quinze cas sont recensés plus bas, de Brian Hood en mars 2023, premier homme au monde à mettre OpenAI en demeure, jusqu'à la condamnation de Google par le Landgericht München I le 28 mai 2026.
Combien de fois l'IA s'est-elle trompée sur une personne ?
Personne ne connaît le chiffre global, et c'est le problème. La seule mesure fiable est judiciaire : 1 809 cas d'hallucinations constatées par des tribunaux au 25 juillet 2026. La progression de ce compteur est une histoire en soi.
- Mi-2025 : environ 200 cas recensés dans la base de Damien Charlotin.
- Janvier 2026 : 719 cas.
- Début avril 2026 : 1 227 cas.
- 2 juin 2026 : 1 524 cas, chiffre relevé par La Tribune.
- 9 juin 2026 : 1 598 cas.
- 25 juillet 2026 : 1 809 cas, et Damien Charlotin déclare recevoir trois à quatre cas par jour.
Ce chiffre est un plancher, pas un plafond. La base ne retient que les décisions où le tribunal a constaté ou clairement laissé entendre l'invention. Les accusations simples n'y entrent pas, les erreurs hors prétoire non plus. Côté systèmes, l'AI Incident Database indique que l'IA générative représente 58 % des entrées de 2025, et que la première catégorie d'incidents, environ 28 % des entrées récentes, regroupe désinformation, deepfakes et contenus préjudiciables. L'ampleur du phénomène dans l'édition scientifique donne la mesure : un audit publié par The Lancet le 7 mai 2026 a relevé plus de 4 000 références fabriquées dans 2,5 millions d'articles biomédicaux, mécanisme que j'ai détaillé dans ma chronique sur la crédibilité du faux.
Un tribunal peut-il condamner une IA pour ce qu'elle affirme ?
Oui. Le 28 mai 2026, le Landgericht München I a jugé Google directement responsable des affirmations fausses de ses Aperçus IA, dans l'affaire 26 O 869/26. Deux maisons d'édition allemandes étaient présentées comme coutumières de pratiques commerciales trompeuses, abonnements piégés et recouvrements abusifs, affirmations que les sources citées par l'IA ne soutenaient pas. Le tribunal a retenu que les Aperçus IA constituent une parole propre de Google, qui synthétise et structure l'information de manière autonome, et non un simple affichage passif de contenus tiers.
Ce que Google encaisse n'est pas symbolique. Interdiction de répéter ces affirmations, et jusqu’à 250 000 euros à chaque fois qu’elles réapparaissent. Le tribunal a même prévu la détention pour les dirigeants si l'injonction n'était pas tenue. Quatre-vingts pour cent des frais sont pour Google. La décision, rendue en référé, est susceptible d'appel, et elle est à ce jour la première au monde à tenir l'éditeur d'une IA pour responsable de ce que son modèle affirme. Elle a été rendue à deux heures de train de Paris.
- 20 janvier 2026 : première réponse fautive des Aperçus IA constatée par les éditeurs.
- 2 février 2026 : mise en demeure adressée à Google.
- 10 février 2026 : le contenu fautif est toujours en ligne.
- 23 avril 2026 : audience devant le Landgericht München I.
- 28 mai 2026 : jugement, Google responsable de la parole de son IA.
Pourquoi la justice américaine et la justice européenne ne répondent-elles pas pareil ?
Parce qu'aux États-Unis l'avertissement protège l'éditeur, et qu'en Europe il ne suffit plus. Le 19 mai 2025, la Superior Court du comté de Gwinnett, en Géorgie, a débouté l'animateur radio Mark Walters, que ChatGPT accusait à tort de détournement de fonds : les avertissements d'OpenAI sur les inexactitudes possibles, et l'absence de faute caractérisée, ont écarté la responsabilité. Un an plus tard, à Munich, le même type d'avertissement n'a pas pesé. Même technologie, même type de faute, deux mondes.
Pour un dirigeant français, cette géographie judiciaire n’a rien de théorique. Les Aperçus IA, ces résumés générés qui s'affichent au-dessus des résultats habituels, et le Mode IA, son onglet conversationnel distinct, sont déployés en France depuis le 22 juillet 2026. Ce qui a été jugé à Munich concerne désormais chaque nom propre affiché dans une réponse générée en français.
Quels sont les cas où l'IA s'est trompée sur quelqu'un ?
Quinze cas documentés entre mars 2023 et mai 2026, sur trois continents, impliquant ChatGPT, Bing Chat, Copilot, Grok, Meta AI, Character.AI et les Aperçus IA de Google. Chacun est daté et sourcé. Le premier de la liste, Brian Hood, fixe le point zéro : la machine a pris le lanceur d'alerte pour le coupable qu'il avait dénoncé.
Trois cas français figurent dans ce paysage, deux dans le tableau et un en creux. Éric Bothorel a ouvert la voie du recours RGPD dès avril 2023. Guillaume Cabanac a subi la variante scientifique du phénomène. Et le mécanisme de fond, l'accusation qui survit à l'innocence, la France le connaît depuis longtemps : les affaires Dominique Baudis et Kerviel, où l'accusation remonte toujours mieux que le dénouement, relèvent du même déséquilibre, que j'ai documenté dans Ce que ChatGPT dit de vous ce soir.
Que faire quand une IA affirme quelque chose de faux sur vous ?
Trois leviers existent : la demande de correction directe, la plainte auprès de la CNIL, l'action en justice. Pour ChatGPT, la demande passe par le portail de confidentialité privacy.openai.com ou par écrit à dsar@openai.com, et sans réponse sous un mois la CNIL peut être saisie, comme l'a fait Éric Bothorel dès 2023. Une réserve, et elle est de taille : OpenAI filtre la sortie du modèle plus qu'il n'efface la donnée d'entraînement, on obtient le silence, pas l'oubli. La marche à suivre complète, pièces et délais, est détaillée dans ma chronique sur le droit à l'oubli et l'IA.
Ce qu'il faut retenir
- 1 809 hallucinations constatées par des tribunaux au 25 juillet 2026, contre environ 200 mi-2025 : le compteur de la base AI Hallucination Cases, tenue depuis HEC Paris, s'affole.
- Quatre bases mondiales recensent les erreurs de l'IA, aucune ne compte celles qui visent une personne nommée, aucune n'existe en français.
- Le Landgericht München I a jugé le 28 mai 2026 que les Aperçus IA sont une parole propre de Google, qui en répond directement.
- La même faute protège l'éditeur aux États-Unis et l'expose en Europe : Mark Walters débouté en Géorgie en mai 2025, Google jugé responsable à Munich en mai 2026.
- La voie de correction existe, portail d'OpenAI puis CNIL, mais elle obtient le silence du modèle, pas l'effacement de la donnée.
Si ce que vous venez de lire vous parle, la prochaine étape a un nom.
Le Mandat Confidentiel →Questions fréquentes
Existe-t-il un recensement des erreurs de l'intelligence artificielle ?
Oui, partiellement. Quatre bases existent : AI Hallucination Cases, 1 809 cas judiciaires au 25 juillet 2026, AI Incident Database, environ 900 incidents, OECD AI Incidents Monitor et AI Incident Tracker du MIT FutureTech. Aucune ne compte les erreurs visant une personne nommée.
Combien de fois l'IA s'est-elle trompée sur une personne ?
Aucun chiffre global n'existe. La seule mesure fiable est judiciaire : 1 809 cas constatés par des tribunaux au 25 juillet 2026. Les quinze cas documentés de cette chronique en sont la partie visible.
Peut-on porter plainte contre une IA qui dit du faux sur vous ?
Oui, par trois voies. La demande de correction auprès de l'éditeur. La plainte RGPD auprès de la CNIL, ouverte par Éric Bothorel dès le 12 avril 2023. L'action en diffamation devant un tribunal.
Un tribunal a-t-il déjà condamné Google pour ses Aperçus IA ?
Oui. Le Landgericht München I, le 28 mai 2026, affaire 26 O 869/26. Astreinte jusqu'à 250 000 euros par violation. Décision de référé, susceptible d'appel.
Pourquoi ChatGPT invente-t-il des informations sur des gens ?
Un modèle de langage prédit des mots probables. Il ne vérifie pas des faits. Quand l'information manque, il complète avec du plausible. Le plausible mêlé à des détails vrais devient crédible.
Que faire si ChatGPT raconte quelque chose de faux sur moi ?
Capture d'écran datée. Demande de correction sur privacy.openai.com ou à dsar@openai.com. Plainte CNIL sans réponse sous un mois. L'éditeur filtre la sortie plus qu'il n'efface la donnée.
Les IA américaines et européennes sont-elles jugées de la même manière ?
Non. En Géorgie, les avertissements d'OpenAI ont écarté la faute, Mark Walters débouté le 19 mai 2025. À Munich, l'avertissement n'a pas protégé Google, jugé responsable le 28 mai 2026.
Comment savoir ce que les IA disent de moi aujourd'hui ?
Interrogez ChatGPT, Gemini et Perplexity sur votre nom, avec plusieurs formulations. Datez et archivez les réponses. Répétez chaque mois, les réponses changent avec les modèles. C'est le premier geste d'un audit de réputation dans les IA.
Sources
- Damien Charlotin, AI Hallucination Cases
- AI Incident Database, Responsible AI Collaborative
- OECD AI Incidents Monitor
- MIT FutureTech, AI Incident Tracker, juin 2026
- Landgericht München I, 28 mai 2026, aff. 26 O 869/26
- Walters c. OpenAI, Superior Court of Gwinnett County, 19 mai 2025
- noyb, dossier C097, plainte d'Arve Hjalmar Holmen
- Brian Hood, Hepburn Shire, mars 2023
- Jonathan Turley, avril 2023
- Éric Bothorel, plainte CNIL, 12 avril 2023
- Jeffery Battle c. Microsoft, juillet 2023
- Dave Fanning, High Court irlandaise, janvier 2024
- Klay Thompson, Grok, avril 2024
- Martin Bernklau, Copilot, août 2024
- Wolf River Electric c. Google
- Robby Starbuck c. Meta, règlement août 2025
- Robby Starbuck c. Google, octobre 2025
- NPR, plainte de la Pennsylvanie contre Character.AI, 5 mai 2026
- The Lancet, 7 mai 2026, références fabriquées
- Quinn Emanuel, Defamation in the AI Era
- Lancement des Aperçus IA et du Mode IA en France, 22 juillet 2026
- Correction et effacement
- La Tribune, « Hallucinations de l’IA : la base mondiale qui alerte la justice », 1 524 cas au 2 juin 2026, plus de trente pays
